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janvier 22, 2012

« Algérie française 1926-1962 » (Paul Benaïm), préface

Filed under: Société — Roger Dadoun @ 9:54

Par Roger Dadoun pour Guysen international News

J’ai lu et relu le recueil de textes réunis par Paul Benaïm sous le titre « Algérie française 1926-1962 ». Je connaissais certains d’entre eux, mais le rassemblement de la douzaine d’éléments aussi distincts que le portrait d’ « Esther la vieille juive de la rue Condorcet », de Camus enseignant le français à Oran, ou les flashs historiques sur la guerre et l’antisémitisme, produit un effet saisissant : on a le sentiment de palper la chair même de l’histoire – la vie en ses vibrants tempi, sa banalité, son pathétique, sa grandeur, son malheur. Benaïm ne prétend nullement être un historien au sens académique du terme. Il ne l’est pas : c’est une chance, car il est bien plus que cela. C’est en écrivain qu’il prend à bras le corps, à chaud, à vif,  littéralement parlant, les événements dans leurs furieuses ou secrètes dimensions historiques, comme  les existences individuelles dans leur poignante et irréductible unicité.

L’Histoire : en finesse, rigueur et sensibilité

« Ma passion de l’histoire, écrit-il, est celle d’un journaliste soucieux de puiser ses informations aux meilleures sources et de les exposer simplement pour être compris par mes petits-enfants. » Conjuguer la richesse et la rigueur de l’information (si touffue, si souvent contradictoire ou mystifiée par les acteurs  – et je n’ai, sur ce point,  pour ma part, ayant vécu, traversé et analysé maintes des situations décrites par l’auteur, relevé ni erreur ni distorsion)  et la transparence d’une écriture apte à capter l’intérêt de l’enfant, autrement plus exigeant que l’adulte habitué, n’était pas une mince affaire. Benaïm y parvient avec un rare brio, en s’attachant, paradoxalement, à la « minceur » même, à la pellicule du réel, ce qu’un Duchamp peut-être nommerait l’ « infra-mince ». Cardiologue agissant en subtil dermatologue historien, Benaïm se range aux côtés d’un Valéry déclarant que  »la peau est ce qu’il y a de plus profond en nous ». Parcourant les affleurements de l’évènement, prélevant les fragiles et évanescentes couches singulières, visibles et sensibles des émergences de la réalité, il en révèle les significations profondes, les figures cryptées, les densités passées sous silence.

L’histoire, disait Péguy, se fait assurément avec des documents, mais aussi contre les documents – ces documents écrits et signés par les maîtres du jeu, et qui en imposent, parvenant à annihiler ou à refouler « La vision des vaincus » selon le titre du livre de l’historien Nathan Wachtel consacré aux Indiens d’Amérique latine. Avec « La foi du souvenir », Wachtel devait s’engager dans « Les labyrinthes marranes », cherchant à débusquer ce que furent les pratiques secrètes des Juifs espagnols convertis de force. C’est une visée analogue qu’il nous semble percevoir dans la démarche de Paul Benaïm, moins ambitieuse  à l’évidence, mais aux éclairages non moins nécessaires et efficaces. Petit livre, certes, qui se veut livre pour petits – mais fortes résonances, rappels proprement vitaux pour le lecteur adulte.

Note

*Roger Dadoun  est philosophe, psychanalyste, professeur émérite à l’université Denis-Diderot Paris 7.

Sources Paul Benaïm, « Algérie française 1926- 1962 », 74 pages.  Novembre 2011. The Book Edition.

Illustration Page de couverture du livre : 25 avril 1962 : le port d’Oran en feu au plus fort de l’incendie des cuves de pétrole de la ville.

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