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avril 8, 2007

Poème autour de la Naissance

Filed under: Poésie — Roger Dadoun @ 8:34

Le temps de Naître

Je M’annonce

1

Advenant en naissance,

Mais ahanant à naître,

Animé de l’antérieur passionné désir

– « la lumière du jour, oui, je veux la voir ! » –

Et impatient, obstiné, tenace,

– « poussez, corps complices,

poussez, oui,

vers l’issue aux mille délices ! » -,

Il serait,

N’est-il pas vrai,

Convenable et avenant,

Nonobstant le douteux avenir,

Que

Je m’annonce. Mais :

Qui dois-je annoncer ?

Ici s’impose prudence

De ne faire nulle annonce

Qui en douceur ne se glisse

Par extrême délicatesse

S’adonnant le temps d’un lapsus

Au psaume d’un hosanna de grâce.

Or, « annonce » suspendue

À la patère du futur,

Demeure tout de même

En notre menue main : l’« m’ » –

Maintenant Mis en Majuscule,

Maître aniMateur de ce MêMe Menuet.

Au menu menuet de l’M’,

Faire gaffe que l’apostroph’e

Ne vienne jusqu’au cou se prendre

Dans les effilés jambages du M(oi) :

Si on laisse faire,

Elle irait jusqu’où ?

2

Mais aïe :

Finement affûtée

L’apostrophante pointe,

Hautaine virgule,

Dans l’M’ reste fichée,

Le titille, l’entaille,

L’encoche de déchirures moches,

Le perce à jour :

Ah ce miracle unique 

Lorsque tant d’univers soudain s’avèrent

En cet M’ griffu

Qu’une pique apostrophique picote et picore !

Adossée à l’M’ triptyque,

Apostroph’e monte la garde,

Affectant carrure de mirador,

À surveiller altière

Les cohues enclaVées

Dans la cuVée

Profonde et secrète

– Voyez bien ce V cul-de-jatte –

De l’ M’.

Oui, danse, petite pointe danse,

Matant vives candeurs vantées,

Mais, de grâce, sache

D’une pichenette chuter

En évanescente virgule

Pour que chantent

Les psaumes naissants

D’M enfin libéré.

3

M, lettre Matrice, Matricielle, Matriciante,

Maternel M qui, au seuil du FatuM,

S’affirme souffle créateur qui époustoufle,

Elle se dit et elle dit, cette « haleine de vie » :

« M » s’entend « Aime »,

Élevant ainsi le primordial,

Vital et auroral amour

En éperdu amour qui,

Enceint du logos spermatikos,

Énergie condensée d’éros,

Ravive et ravit maintes vêtures temporelles

Fécondatrices d’humanité :

Ô Êtres éternels du Rêve et du Mythe,

Ô Ancêtres vigiles qui fûtes Maîtres du Feu,

Ô Aïeux partenaires Virtuoses des Plantes et des Bêtes,

Ô Géniteurs d’hier géniaux à ourdir Normes et Lois,

Et vous enfin, ô Mère ô Père premiers et ultimes en gloire

– « tes père et mère honoreras ! » – : oui, oui, voici l’inné M

En pleine puissance poussé

Affrontant toutes les figures du Monde,

Monde qui M’accueille et M’porte

En prodigieux holding !

4

M, fabuleuse bulle en cloque de tous les possibles,

Aux portes du monde tu piaffes,

Utérus allègre, tu machines, palpitante forgerie,

Tu couves, fastueuse couveuse,

L’infinitésimale chose qui crie « À l’être, 

À l’être ! » 

Dans l’étendue innommable et nombreuse du désir,

Et qui, en coup d’éclair, la traverse et la comble.

Et déjà le sein gonflé

Du lent lait de la tendresse humaine

Se tend et implore après la bouche avide

Qui le fera source

De la Canaan d’amour,

Terre humaine toujours et à jamais promise

Dans l’arc tendu du temps.

Indésirable à la folie d’être porté par le furieux désir,

M impérieux s’articule en charnel acharnement :

Bassin, tu t’écartèles, grinçante ossature, et craques,

Muscles, en vos saignants silences rugissez,

Et salut à vous, lèvres dupliques de délivrance,

Si savantes à dégainer,

Dévaginer jusqu’à l’outrance

Ce bélier entêté de fontanelles

Qui foncent en quête de nom,

Hurlante béance.

Et voici :

Dans râles ordres et rites,

Gesticulations manipulations ululations,

Surgit chair vive,

Violente et suave,

Dans l’écart orchestré sanglant

Visant l’air et la lumière :

Dans la fulgurance du cri, c’est

– Adam-Aleph-Anonyme-Annonciation –

Le tout-petit être non-nommé

Qui, à peine advenant, proclame :

– « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie ».

5

Ah,

Sous le cri primal,

Ces vastes plages d’éternité

Aux renaissantes ondes jamais lasses.

Écoutez, faites silence,

Il y a un temps pour la ténèbre

Et un temps pour la lumière.

M(oi), les mêlant,

Je M’annonce :

Larvaire encore,

Légion je suis

Atlas colossal

Portant sa hotte d’infini.

J’oxymore à tout berzingue :

J’ai poussé en vaillance les portes de la Vie,

Telle est ma royauté… Or

Me voici déjà,

Sans amen ni aménité,

Aux portes de la Mort,

Á toutes menaces acculé,

D’escadrilles de haine assailli,

Griffes de l’envie plantées

À même ma pantelante chair.

Chorégraphie, sur psyché sans tain, d’M dansant,

Annonce de la lettre qui point n’obtempère :

Voyez comme M se rebiffe en ?,

Sigmoïde toutes équations,

Radieux sigmaternage

De bras tendus en attente et appel

Et de vaste ouverture au monde.

Voyez comme M bascule en W,

Bivalve mimant

Une tortue renversée,

Pattes labourant folles le sol absent du ciel,

Bivulve en ardente soif

D’un souffle pollinique.

« Je », lui, est jardin d’éden, gracieux faciès

Où se mirent et se pressent

Et que peuplent, melliflues,

Mille merveilles du monde,

Mais, sinistre face,

Sous rude carapace,

« Je » est outre de fiel, suint

Insatiablement dégorgé dégluti.

Maintenant je puis,

Je M’annonce :

Je suis Qui je suis

Qui je fus

Qui je serai,

Non pas, lapalissade pâle, âme en soi,

Mais ensemble toutes âmes autres et

Cumul d’âmes en moi,

Âme du mystère d’M’, eMMontée couroNNée :

Splendeur d’une Majesté en suspens

Enourdissant enhardissant le Monde,

Car tel est notre Désir-Naître,

Et tel notre Aimer-Maître,

Par delà splendeurs et horreurs,

Par delà le bien et le mal.

6

Ainsi, qui que tu sois,

Sache que tu l’as tout pour toi,  le temps d’être :

Non-né, ne résiste pas à ton M’,

Généré né, ne résiste pas à ton M’,

Inné, ne résiste pas à ton M’,

Nouveau-né bien-né mal-né

Malmené,

Ne résiste pas à ton M’

– Alors,

Nonce de toutes choses

Et hôte de toutes âmes,

Fleurira ton « Je »,

En semences diaprant la prairie univers,

En gerbes d’instants crépitants résurgents,

En arbres d’années qui te feront forêt,

En flèches clouant au firmament

Ses pointes luminaires

 

– Ô M’,

Point-phonème et om du grand livre humanité

Voué à l’illiMitation,

M’haillon misérable et mortel même,

Né de trop né en plus toujours,

Mais néanmoins prime miracle,

Éblouie ponctuation

D’infini et d’éternité.

Roger Dadoun

 

Illustration de David Dadoun

Tableau composé en vue de ponctuer l’exposition « Faire part de naissance : une histoire en images » », 8 sept.-20 nov. 2004, Bibliothèque de l’Heure Joyeuse, 6-12 rue des Prêtres Saint-Séverin, 75005 Paris.

Le réverbère à heures

Dans la ville on a planté des poteaux de bronze

porteurs de pendules,

des réverbères à heures.

Ils sont toute neutralité bienveillante pour le promeneur

qui de l’un à l’autre se repère

pour arriver à bon port.

Ils aiment se poster

au coin d’une grande place,

en offrant au marcheur fatigué

leur socle inébranlable.

On s’y appuie, on reprend souffle,

ô oasis d’urbanité

d’où l’on contemple

monuments, statues, terrasses,

et foule qui déambule.

Il faut savoir comment avec eux s’y prendre.

Tard dans la nuit, cafés fermés, horaire oblige,

la pendule se fait accueillante à l’homme bu qui titube,

pris de vertige.

Mais gare à l’impatient qui fonce

sans daigner lui faire don d’un regard :

sévère, elle se met sur son chemin –

et bonjour les dégâts.

Par tous les temps elle se dresse, impavide.

La canicule laisse les aiguilles toutes froides,

et l’hiver sibérien renonce à les freiner.

Mais c’est déréliction lorsque, par quelque décret

de grève ou de changement horaire,

elle reste coi, affolant l’homme de la rue.

Dominant boulevards et places,

elle en a vues, des choses: révolutions,

manifs, répressions, turbulences, jubilations;

elle vibre encore des cris de joie ou de terreur,

grondements de fête ou de panique.

Elle sait, c’est inscrit dans le bronze, que tôt ou tard

finiront par triompher

et désert et silence.

Réverbère à heures se berce de sa propre musique,

rythme pur.

Peut-être pressent-il, au creux de ses organes de métal,

qu’un jour viendra où lui-même aura fait son temps,

et qu’elle aura sonné, son heure,

quand surviendront,

avec pics et cordes,

les démolisseurs:

abattu, alors,

le chêne de fer,

précipitée sans pitié,

la colonne cadavre,

dans un cimetière de carcasses,

pour une rouilleuse éternité…

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